Une histoire de Tiébou dieune

Je crois vous avoir déjà parlé de mon amour pour le Tiébou dieune. Ce fut lors d’un billet sur la ville de saint-Louis où j’en ai brièvement parlé. Alors aujourd’hui c’est le moment de vous raconter une expérience un peu particulière.

Dans la vie j’aime particulièrement trois choses. La Sexion d’assaut, Naruto et le Tiebou dieune. Si les deux premiers sont récents, mon histoire avec le Tiebou dieune date de fort bien longtemps pour ne pas dire depuis toujours. Je me rappelle que étant petit, j’en raffolait à telle point que j’étais très souvent le dernier au bol. Ce qui exaspérait mon père ce n’était pas le fait que je fasse la même chose en dehors de la maison mais surtout que je n’aimais pas la plupart des autres plats qu’on cuisinait à la maison; particulièrement ce qu’on appelle  les « Niari tchine » (plats accompagné de sauce, Thiou, Domada, Mafé Yassa etc). En fait aimer n’est pas le verbe qui convient; je dirais plutôt détester. Très souvent, quand on cuisinait ces plats, il m’arrivait de faire semblant de manger. Je prenais une bouchée, faisais semblant de l’avaler, puis je disposais discrètement plus de la moitié à coté de mes frères et soeurs tout en continuant de faire semblant de mastiquer. Mais quand il s’agissait du Tiébou dieune, plus question de simuler. J’y allais à fond à tel point que mon père, encore lui, me disait: Tu as intérêt à avoir les poches pleines si tu veux manger du tieb tous les jours.  A cette période je ne me souciais guerre de ce que cela pouvait bien signifier. Par contre il y a une phrase que j’ai tout de suite comprise et qui m’a beaucoup marquée. Ma mère me disait très souvent que si je voulais manger du bon  Tiébou dieune il faudrait que j’épouse une Saint-louisienne. La légende dit que c’est elles qui cuisinent le mieux le tieb. Et je confirme; celui de ma mère est tout juste exceptionnel de même que celui de ma grand mère. J’ai donc grandi avec cette idée dans un coin de ma tête.
Avec le temps, mon amour pour ce plat n’a fait qu’augmenter. Cependant mon désamour pour les autres a diminué mais pas au point de disparaître complètement. Heureusement je suis issu d’une famille qui aime bien ce plat et qui le prépare plusieurs fois par semaine. Sachant qu’on le cuisine un jour sur deux…  Ah ou j’allais oublier de vous faire une petite précision. En fait il y a trois type de Tiébou dieune: Tieb bou honk, mon préféré, préparé avec de la tomate le tieb prend une couleur rouge. Ensuite il y a le Tieb bou weh, cuit sans tomate. Utilisez de la fleur d’oseille blanc en guise de bissap vous m’en direz des nouvelles. Et le meilleur pour la finir; enfin selon la majorité et je dois préciser que je n’en fais pas parti, le Tiébou diaga, de meme couleur que le Tieb bou honk mais servi avec de la garniture. Vous pouvez y mettre tout ce que vous voulez, fruits de mer, boulettes de poisson etc, du moment que c’est compatible avec le plats vous pouvez laisser libre court à votre imagination. Je disais donc que sachant qu’on le cuisinait une fois sur deux, je savais déjà quels jours de la semaine j’allais me régaler. Cependant, il arrivait que mes certitudes soient tempérées. Très souvent sur le chemin du retour de l’école, la senteur des cuissons des voisins venait souvent troubler mon odorat. Hé oui je commençais déjà à humer l’air à la recherche de cette odeur si particulière bien avant d’arriver chez moi. Très souvent , à la place du Tiebou dieune tant désiré, il me parvenait ces plats qui je n’aimais pas du tout, genre Tiou, Domada, Yassa. Et à chaque fois que cela arrivait, je devenais confus, je ne cessais alors de me poser des questions et je n’étais plus sûr de ce qu’on allait me servir que une fois devant le bol. Heureusement pour moi je n’ai étais déçu que très peu de fois.
Il n’y a pas si longtemps de ça, j’ai tenté une expérience inédite. J’ai essayé de cuisiner du Tieb. Comment en suis-je arrivé là? Disons que j’étais dans un endroit où on était que deux personnes, mon père et moi. Et de nous deux il fallait forcément qu’il y et quelqu’un qui cuisine. Donc voilà comment j’en suis arrivé là. Généralement les hommes ne cuisinent pas. Cette tâche est réservée aux femmes. Quand on rentre dans une cuisine, la plupart du temps c’est pour aller piocher quelque choses dans le frigo. Sauf que quand il n’y a pas de femmes dans l’environnement immédiat et que le vieux se refuse à l’idée d’engager une bonne (trop couteux…, ça ne sert jamais ce qu’on désire vraiment… ça cause très souvent des problèmes) il faut se retrousser les manches et se livrer à cette activité oh combien difficile. J’avais la chance d’avoir du une expérience culinaire lors de mon séjour à Casa. J’arrivais à peu près à bien cuisiner le Yassa poulet, les Vermicelles et d’autres plats à base de sauces. Donc je n’étais pas en terrain inconnu. Ce qui m’a le plus aidé c’est que ici on ne se tue pas à cuisiner des trucs trop compliqués. On ne cuisine généralement qu’un seul plat, le Kaldou, qui en passant est très facile à cuisiner (riz blanc accompagné d’une sauce à laquelle on ne met que ce qu’il faut d’huile). Ce qui me manque le plus quand je suis ici c’est le Tiébou dieune de chez moi. Maintenant la fréquence a fortement diminué. D’un jour sur deux, on est passé d’un samedi sur deux. Alors un beau matin, je me suis dit qu’il est temps que je m’attaque au sacro-saint de la cuisine sénégalaise. Mais ne sachant quel résultat j’allais obtenir, j’ai attendu que le vieux parte en voyage et que je sois tout seul pour m’y essayer Comme ça au moins, je ne me foutrais pas la honte devant tout le monde. Je me suis donc mis devant le fourneau. Sans demander de l’aide à personne, j’ai établi ma propre logique du procédé qu’il fallait suivre pour réussir un tieb normal. J’ai d’abord préparé ma sauce; en plus ce jour j’avais reçu de bons poissons. Une fois terminé j’ai enlevé les poissons ( je n’avais pas mis de légumes, de toute façon à l’époque je ne les apréciais  pas vraiment) puis je l’ai mélangée avec le riz préalablement cuit à la vapeur. J’ai laissé mijoter jusqu’à ce que j’estime que tout est cuit, et là j’ai servi. Voilà c’était aussi facile que ça. Aucune indication sur la quantité d’eau et d’huile. Qu’en est il du résultat ? Et bien c’était un peu bizarre. A l’époque j’avais pris une photo histoire d’immortaliser ce moment mais hélas je n’ai plus la photo en ma possession. Comment vous le décrire?…
Imaginez du tieb, le plus banal qui soit, puis visualisez du poisson disposé un peu n’importe comment par dessus. Ça y est. C’est exactement ce à quoi ressemblait mon tout premier Tiébou dieune. Voici venu l’heure de la dégustation. Je savais d’avance que ça ne pouvait avoir le même gout que ce que j’avais l’habitude de manger. Rien que la vue offerte risque de décourager les plus grands amateurs mais il fallait quand même que je le mange puisque je l’ai cuisiné. A la première cuillerée, je n’ai rien senti de spécial, mais vraiment rien. Ce n’était ni bon ni dégueulasse, seulement, le riz n’était pas assez bien cuit et il manquait un peu beaucoup de sel. Comment le decrirais-je? C’était… « mangeable »! Oui voilà c’était tout juste mangeable. Alors je l’ai mangé, pas comme de la même façon que ceux qu’on cuisinait à la maison. Non j’ai mangé calmement sans y prendre un plaisir particulier. Après avoir fini, j’ai eu un sentiment de fierté parce que j’y suis arrivé par moi même, sans aucune aide ni indications. Et je savais déjà que les prochains seraient meilleurs; ce qui fut le cas. Il me reste juste à améliorer la présentation et diversifier les les légumes mais sinon les derniers Tiébou dieune que j’ai cuisinés sont plus que mangeables.
En parlant de décoration, j’ai récemment publié une photo de certains plats plutôt réussi sur facebook sous le #Proudlycuisinéparsamabopp et mes amis se sont mis a se moquer de ces plats un peu bizarre qui ne ressemblaient pas vraiment à ce qu’ils ont l’habitude de manger. J’ai alors rigolé avec eux tout en me disant: si seulement vous aviez vu mon tout premier Tiébou dieune.

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Ameth DIA
Blogueur sénégalais, ancien Sanaarois, passionné de jeux vidéo (particulièrement de MMORPG), de Naruto, grand fan de Sexion d'assaut et supporter de l'équipe de France de football.
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