Au voleur

« J’ai des envies d’insultes. Traiter de tous les noms d’oiseaux possibles une personne en particulier; que dis-je, insulter sa mère. Au moment où je vous écris, j’ai les doigts qui me démangent, j’ai bouche pleines d’insanités, prête à déverser toute ma colère, toute ma haine. Heureusement que j’ai l’esprit qui m’empêche de me laisser aller, heureusement qu’il me reste encore un peu de « soutoura », heureusement que j’ai reçu une bonne éducation. »

Je n’ai pas pu aller  plus loin, saisi que j’étais par la colère. Heureusement que j’avais l’esprit trop troublé pour continuer sinon Dieu Seul sait ce que j’aurais pu écrire. Les jours passant, les choses se sont apaisées, et ce n’est qu’aujourd’hui j’ai pu reprendre la plume pour vous raconter ce qui m’est arrivé.

Vendredi 28 novembre, il est 14h passée de quelques minutes. Je hâte mes pas pour ne pas rater la prière du vendredi. Au moment où je  pénètre la mosquée, l’imam était déjà entrain de faire son houdba. Je me faufile entre quelques fidèles qui sont assis sur des nattes puis à mon tour, je m’assieds au deuxième rang, au même endroit que le vendredi dernier, celui d’avant, bref comme tous autres vendredis. A peine cinq minutes d’attente, et c’est le début de la salât. En coeur, nous suivîmes les mouvements de l’imam, lançant au passage quelque Allahou Akbar et Amen. Deux raka plus tard, c’est la fin de la salât. Avant que les fidèles ne se dispersent, des prières sont formulées à l’endroit des disparus, malades et autres nécessiteux. Une fois sorti de la mosquée, je hâte à nouveau le pas. J’avais faim et je ne pouvais m’empêcher de penser au Yassa Lapin que j’avais préparé et qu’on allait manger pour le déjeuner. En partant j’avais pris le soin de tout fermer à clef. Arrivé devant ma chambre, je les sors de ma poche, puis j’ouvre la porte. Je remarque au passage, qu’elle s’ouvrait d’une façon un peu bizarre comme si elle avait été déplacée. Je la remet alors en place, pénètre dans la chambre, et en jetant un coup d’œil sur mon lit, je constate que l’ordinateur portable que j’avais laissé en charge avait disparu.
Comme je suis un peu tête en l’air et qu’il m’arrive souvent de chercher mes affaires quelque part alors que je les ai déposés ailleurs, je plonge dans mon lit pour fouiller dans le bazar  permanent qui y est. Je ne trouve rien. Je sors du lit, regarde au dessus du moustiquaire, là non plus rien. Debout, je regarde autour de moi, aucun signe de mon PC. Confus et troublé, je demande alors à mon cousin s’il n’avait pas mis mon PC dans sa chambre. A sa grande surprise, il me répondit non mais vérifie quand même s’il ne s’y trouve pas. Là non plus rien, c’est normal puis que je suis le dernier à être sorti de la maison et que j’ai moi même fermé la porte de ma chambre tout en y laissant l’ordinateur en charge. Je rentre à nouveau dans ma chambre et là je vois le témoin vert du transpositeur allumé. Plus d’ordinateur, plus de chargeur, et plus de smartphone non plus. C’est à cet instant précis que j’ai réalisé que je venais de me faire cambrioler.

J’étais là debout dans ma chambre, l’esprit troublé, les membres paralysés. Je ne sais pour quelle raison, mon coeur battait à cent à l’heure. Je ne parvenais plus à parler. On aurait dit que j’étais piégé dans un cauchemar. Je ne savais plus que faire, comment réagir. J’étais sous le choc. J’ai ensuite eu une avalanche de questions.  Pourquoi, comment, qui? Qui a pu faire une chose pareille? Comment a-t-il procédé? Et pourquoi? Le choc a moitié encaissé mais l’esprit encore troublé, je me rends à la maison d’à côté pour me renseigner s’il n’ont pas vu ou entendu quelque chose de suspect. Ils n’ont vu personne passer, encore moins entendu les chiens aboyer. Sans trop m’en rendre compte, je détenais là une information importante. S’ils n’ont pas aboyé, cela veut dire que la personne qui a fait le coup leur est familière. Donc le scélérat connait bien la maison et y vient fréquemment. Cela dit, le champ de recherche n’en est pas pour autant restreint car nombreux sont ceux qui entrent et sortent.
Je reviens à nouveau dans ma chambre, regarde encore pour la énième fois si je ne l’ai pas déposé ailleurs. Et à chaque fois j’étais encore plus abattu que la précédente. Je sors dehors pour voir par terre si je n’arrivais pas à distinguer des traces de pas de l’intru. C’était peine perdue, je n’arrivais même pas à distinguer mes propres pas de ceux de Idy, ou encore des gamins qui viennent au puis. Je m’isole alors. Assis sous un manguier, le regard perdu, je n’arrêtais pas de rejouer la scène dans ma tête. Je suis le dernier à être sorti de la maison, j’ai pris mon bain, enfilé un kaftan et fait mes ablutions à la va vite et surtout j’ai fermé à clé ma porte. Mais celle ci n’étant pas complètement scellée, le voleur a pu rentrer sans grande difficulté en la forçant.
Malgré le fait que nous étions tous consternés, il fallait quand même que l’on fasse le point. Alors on s’est assis on a essayé de réunir le maximum d’informations. Premièrement les chiens n’ont pas aboyés donc le cambrioleur connait bien les lieux. Deuxièmement il connait aussi très bien nos habitudes car il savait qu’il n’y aurait personne à la maison les vendredi à l’heure de la prière, donc il devait être entrain de m’observer pendant que je me préparais. Et troisièmement, il n’a ciblé que ma chambre, et pourtant, Idy avait laissé ses clefs sur la serrure et qu’il avait lui aussi un ordinateur portable dans sa chambre. Donc le voleur savait exactement ce qu’il venait chercher dans la mienne, il ignorait juste qu’il pouvait empochait le jackpot en visitant aussi l’autre  chambre. Bref il a bien planifié son coup, tellement bien qu’il savait qu’il n’y avait rien dans d’intéressant dans  l’autre sauf que ça c’était avant que Idy n’emménage.

Voilà, nous savions comment qu’il a procédé, quel est son profil, mais impossible de désigner un nom. Le plus ironique et rageant dans tout ça c’est que tout le monde devient un suspect potentiel. Seulement, on ne peut accuser personne car n’ayant pas de preuves. J’ai d’abord penser à un nom, puis à un autre et ainsi de suite mais je ne pouvais me permettre de citer quelqu’un sous peine de  des problèmes. Comble du désarroi, nous étions un vendredi après midi. Je n’étais pas sûr qu’en allant à la sous préfecture de Wack je trouverais un agent pour faire ma déposition. En plus nous étions à un jour du grand Magal de Touba (pèlerinage annuelle à la capitale du mouridisme). Mouride ou pas, tout le monde en profite pour ne pas aller travailler. Et pour finir faire une déposition ne servirait absolument à rien car ils ne prendront même pas la peine de faire une enquête. Il ne me restait plus qu’à aller voir le chef de village et l’informer de la situation.

N’ayant pas plus de solutions, on est obligé de laisser tout entre les mains de Dieu comme on aime le dire par ici. J’ai alors fait les ablutions, étalé ma natte, et fait deux rakas. Et finissant ma salât, j’ai prié le Tout Puissant de maudire celui qui a commis un tel forfait. Maintenant je comprends mieux pourquoi les voleurs se font lyncher par la foule lorsqu’ils se font prendre.

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Ameth DIA
Blogueur sénégalais, ancien Sanaarois, passionné de jeux vidéo (particulièrement de MMORPG), de Naruto, grand fan de Sexion d'assaut et supporter de l'équipe de France de football.
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