Y’en a marre !

Cette expression pourrait bien être le slogan des opposants au régime de Mr Wade lors des prochaines élections présidentielles au Sénégal. Depuis sa création par le groupe de rap kaolackois Keur gui (La maison), ce mouvement social qui veut dénoncer les abus et manquements du pouvoir ne cesse de prendre de l’ampleur au point d’inquiéter sérieusement les autorités. Aujourd’hui, « Y’en a marre » est passé dans le langage courant des Sénégalais. Au-delà du mouvement citoyen qu’il représente, cette expression à repris son sens premier : celui qui exprime le ras-le-bol.

Y’en a marre… Voici le cri de cœur d’un manifestant que la Walf TV a interviewé hier matin. Un cri qui en dit long sur la situation que vivent les Sénégalais. A cause des coupures intempestives qui pourrissent la vie des populations, des citoyens ont tenu à manifester leur mécontentement. Ces mouvements d’humeur se sont traduits par des pneus brulés et routes barrées à certains endroits de la capitale. Il faut dire que la situation devient de plus en plus inquiétante. Aujourd’hui, il ne se passe un jour sans qu’il n’y ait de délestages. Ici à Sanar (UGB) on a au minimum deux coupures par jour. Elles peuvent durer de deux à cinq heures voire plus. Et comme on s’y attend, elles ne manquent pas de créer des inconvénients sur la vie des étudiants. Ceux qui écrivent leur mémoire sont bloqués dans leur travail ; et lorsqu’une coupure survient la nuit, ce qui est très fréquent, les étudiants sont tout simplement obligés de suspendre leurs révisions en attendant désespérément que le courant revienne. Les plus studieux d’entre nous iront acheter une bougie, histoire de profiter de la lumière de sa flamme comme le faisaient jadis nos parents pendant leur enfance. En dehors du milieu universitaire, cette situation qui n’épargne aucune localité du pays, est plus qu’insupportable pour les populations. J’ai récemment entendu un reportage à la RFM faisant étant des pertes que les boutiquiers subissent à cause des coupures intempestives. Certains d’entre eux sont tout simplement obligés de jeter à la poubelle les marchandises qui nécessitent une conservation à basse température. Quant aux boissons et autres jus, ils n’apportent plus de bénéfices. A l’image des boutiquiers, les tailleurs les menuisiers métalliques, les cybers café entre autres subissent, eux aussi, les mêmes préjudices. A moins d’avoir les moyens de se payer un groupe électrogène et le carburant pour le faire marcher, c’est tout un secteur qui est ainsi affecté.

Devant ce désarroi total, l’Etat sénégalais montre une fois de plus son incompétence. Voilà des années que dure cette crise et jusqu’à présent, il n’arrive pas à trouver une solution définitive. L’année dernière ils avaient annoncé la date du 15 aout 2010 comme la fin des délestages. Neuf mois plus tard, on est toujours dans la même situation. Pourtant, une lueur d’espoir était née chez certains sénégalais avec l’arrivée de Karim Wade. Etant donné que c’est le fils de son père (Abdoulaye Wade) beaucoup de gens ont cru que s’il a été nommé à ce poste, c’est que Wade a trouvé une solution définitive. A cette époque, les opposants avaient crié au scandale car Karim était désigné comme le probable successeur du Président. Mais voilà rien a changé ou devrais-je plutôt dire les choses ont empirés. La Sénelec a gardé son titre de champion des délestages, les factures sont toujours aussi salées alors qu’il y a des coupures incessantes, et les préjudices que subissent les populations vont crescendo. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, l’hivernage approche à grande vitesse alors que le problème des sinistrés n’est toujours pas réglé.

A quelque mois des élections présidentielles, toute manifestation aussi banale qu’elle soit revêt une ampleur impressionnante. Ces derniers temps, le Sénégal est en ébullition. Avec le mouvement des rappeurs qui bénéficie d’une aura de sainteté de la part des médias et des populations, la grève des magistrats qui revendiquent plus de liberté dans l’exercice de leur fonction et moins d’impunité dans la justice et pour finir les manifestations contre les coupures de courant, le pouvoir se retrouve dans une position inconfortable. Dorénavant, les Sénégalais savent qu’il est plus que jamais l’heure de dire son ras-le-bol. Il est temps de crier à la face du monde entier : Y’en a marre de vivre dans cette situation déshonorante !!!!

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Ameth DIA
Blogueur sénégalais, ancien Sanaarois, passionné de jeux vidéo (particulièrement de MMORPG), de Naruto, grand fan de Sexion d'assaut et supporter de l'équipe de France de football.
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