Planches et pépinières, la campagne du violet de Galmi a déjà démarré

Pépinières de violet de Galmi (oignon)

Ça a commencé avec 36 mètres carrés, puis 25, puis 12, puis 54, puis… j’ai arrêté de compter. Plus on avançait, et moins j’avais l’impression que le pot de semence d’un kilogramme de violet de Galmi (oignon) allait se vider. C’est que mettre 1000 grammes de semence en pépinières n’est pas une chose aisée car dans un gramme de semence, il y a environ 250 graines;  et je ne vous parle même pas du travail préparatoire que tout cela requiert.

Quand on a commencé la nurserie, nous n’étions que deux, mon père alias Pa 5 ans et demi (c’est comme ça qu’il souhaite qu’on l’appelle) et moi. Nos deux sourga (employés) gambiens étaient rentrés à l’occasion de la Tabaski et, à ce propos, il ne se sont toujours pas de retour. Et comme Pa 5 ans et demi a l’habitude de le dire : Je n’attends personne quand c’est l’heure de travailler, ne m’attendez pas quand il faut manger, il a décidé qu’il fallait impérativement commencer à préparer le terrain pour être parmi les premiers sur le marché. On s’est donc mis au boulot. Comme nous étions au début du mois de novembre, cela veut dire que l’hivernage a tiré sa révérence depuis deux mois, Il a d’abord fallu que l’on humidifie l’endroit qui allait accueillir les pépinières afin de rendre le travail de la terre plus facile. Rien de très difficile puisque nous disposons de motopompes et d’assez de tuyaux pour emmener l’eau un peu partout dans le champ. Une fois la pré-irrigation finie, c’est là que commence le travail de titan. L’endroit choisi était recouvert d’herbes, comme la totalité des parcelles inexploitées. Il fallait donc désherber avant de pouvoir y mettre quoi que ce soit. Heureusement pour nous, nous avions remis sur pied notre motoculteur, une marque chinoise, mais vraiment très solide. Cette précision est importante vu qu’en Afrique tout ce qui est made in Chine est généralement de la pacotille. Cette machine marche au gas-oil a un refroidissement à eau injectée; ce qui veut dire que temps que vous avez de l’eau à côté, la machine ne sera jamais en surchauffe. On a donc franchi cette étape sans difficulté; il nous a fallu à peine une heure pour tout débroussailler.

Pied de tomate atteint par des nématodes

Pied de tomate atteint par des nématodes

La place que l’on a choisie pour la nurserie n’a pas été prise au hasard. Quatre mois auparavant, nous y avons cultivé de l’arachide. Malheureusement, dans cette partie du Saloum et presque un peu partout, nos sols sont infestés de nématodes (insectes parasites invisibles à l’œil nu, qui attaquent les racines de la plante l’empêchant ainsi de s’alimenter convenablement). Or l’arachide est un piège à nématodes; donc cette parcelle est l’endroit idéal pour accueillir des pépinières. Une fois le désherbage fini et le sol ameubli par la même occasion, commence l’une des parties les plus difficiles, le début des travaux manuels.

Planches espacées de 50 cm constituant les allées

Planches espacées de 50 cm constituant les allées

On commence d’abord par délimiter les planches. A l’aide d’une règle en bois, nous mesurons les planches, généralement 5 m de long  pour 1 m de large. Vous pouvez faire autant de mètres que vous souhaitez pour la longueur, mais pour la largeur il est déconseillé de dépasser un mètre car cela causera des difficultés lors du semis. Nous avons choisi de ne pas faire des planches super longues pour faciliter l’arrosage. Oui il faut tout prévoir à l’avance, sinon les difficultés s’accumuleront et vous ne serez pas efficace à 100 %. Une fois les planches et les allées délimitées, il faut commencer à sortir les formes. Étapes très importante puisque la forme change selon la saison. En hivernage on surélève pour éviter la stagnation de l’eau de pluie et en saison sèche, c’est le contraire. Ensuite il faut retourner le sol. La encore vous avez deux options, la pelle carrée ou le « gabe ». Pour la première on avance à reculons et le contraire pour le second. Ce n’est qu’après avoir franchi cette étape qu’on passe à l’enfouissement de l’engrais organique (très important) et ou chimique. En ce qui nous concerne, on a fait les deux. Comme le dépôt de fumier était un peu éloigné  et qu’il faillait absolument en mettre, j’ai pris la brouette et fais des va-et-vient  incessants. J’en ai poussé des brouettes, à tel point que je ne ressentais plus mon dos; à mon âge, vous vous rendez compte! Vous pensez que c’est fini, oh non pas encore, après l’enfouissement, il faut tirer à la règle pour niveler la planche. Il est très important que la planche soit bien nivelée, sinon vous risquez d’avoir des défauts d’arrosage, l’eau n’allant que d’un seul côté. A ce propos, avant de commencer toute activité agricole, il faut toujours repérer la où les différentes pentes dominantes et en tenir compte lors de la préparation du terrain  A partir de cette étape, c’est à dire l’enfouissement, vous pouvez vous estimer à mi-chemin. Maintenant il ne vous reste plus qu’a semer.
Mais voilà, on ne sème pas n’importe comment non plus. On ne sème pas à la volée comme on le faisait jadis. Non, là on fait sortir de petits sillons dans lesquels on met un insecticide (Furadan la plupart du temps). On prévoit un écart d’environ 20 cm sur la largeur de la planche. L’écartement est très important, car il permet aux jeunes plantules de se développer normalement et vous facilite le travail lors du grattage. Pour l’oignon, vous pouvez diminuer l’écart entre les lignes jusqu’à 10 cm, car l’épaisseur de feuille est assez fine pour vous le permettre. A propos des sillons, il ne faut pas qu’ils soient trop profonds. La semence est composée de toutes petites graines; les enterrer en profondeur risque de provoquer des retards de germination, voire un échec de la pépinière. Lors du semis, il est aussi préférable de diminuer la densité des graines. Dans le cas de l’oignon comme du chou, il est difficile de séparer les graines les unes des autres car elles sont très petites donc il faut avoir la main légère au moment de les mettre dans les sillons. Sinon lorsqu’elles sont trop serrées, les plantes auront du mal à croître toutes normalement. Donc les plus fortes le feront au détriment des plus faibles qui vont fondre petit à petit. C’est ce qu’on appelle la fonte de semis. Et comme le pot de semence est extrêmement cher, 40 000 francs les 500 gr, il faut éviter tout gâchis.
Une fois le semis terminé, on recouvre les sillons avec de la terre, du sable blanc ou du terreau si votre terrain est argileux, et on plombe le tout avec d’une planche ou de tout autre objet assez lourd à la surface plate qui pourra damer le sol. Étape très importante,  car l’oublier peut conduire à l’échec de la pépinière. Maintenant il ne reste plus qu’à recouvrir les planches par un tapis herbacé et à arroser quotidiennement jusqu’à la germination (entre 4 jours et une semaine cela dépend de la qualité du fumier).

Ça y est, maintenant vous connaissez les différentes étapes pour faire une planche. Après la germination commence un autre travail tout aussi délicat et qui requiert beaucoup d’attention, car il va falloir arroser quotidiennement, éliminer les mauvaises herbes, gratter les planches au moins une fois par semaine et surtout ne pas oublier les traitements phytosanitaires, une fois par semaine, en guise de prévention.  Malheureusement, beaucoup de paysans ne maîtrisent pas assez ces techniques essentielles pour mener à bien une campagne. Ils sont obligés d’aller acheter des plantules qui sont livrées dans de très mauvaises conditions. Cette années, nombreux sont ceux qui ont tenté de faire eux-mêmes leur propres pépinières et qui ont échoué. Rien qu’hier, une connaissance me confiait avoir ainsi perdu toutes les pépinières qu’il avait faites. Un échec total qui représente une triple perte, de l’énergie, de l’argent et un retard sur la campagne. En ce qui nous concerne, alhamdoulilah, tout s’est très bien passé et on a déjà débuté la phase de repiquage.

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Ameth DIA
Blogueur sénégalais, ancien Sanaarois, passionné de jeux vidéo (particulièrement de MMORPG), de Naruto, grand fan de Sexion d'assaut et supporter de l'équipe de France de football.
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