Scorpion

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J’ai très souvent entendu ces histoires de personnes qui se sont faits piquer par un scorpion, de la douleur qui s’en suit, mais je n’avais encore jamais vécu cette expérience.

 

Depuis que je suis à Koutango, je vois fréquemment des scorpions. Malgré ma mauvaise vue, il m’est souvent arrivé de les apercevoir pendant la nuit. Je me rappelle même qu’à deux reprises, j’ai pu voir dans la pénombre, un gigantesque scorpion qui se rapprochait de nous. Après l’avoir tué, on a pu constater le lendemain matin, le danger auquel nous étions exposés. En effet, le scorpion était tellement noir qu’il en devenait presque verdâtre. Il avait de grosse pinces et une queue au bout de laquelle se trouvait un dard tellement visible qu’il vous donnerait la chair de poule. Une piqûre de cette bestiole aurait pu causer de graves conséquences. Depuis, j’ai toujours fait attention à certains détails, comme par exemple, ne jamais prendre un tas d’herbes desséchées à pleine main, ou encore soulever par le bas un objet resté trop longtemps au sol. Jusque là tout allait bien sauf qu’hier soir, j’ai commis une grave erreur même. J’ai chaussé mes bottes de travail sans vérifier s’il n’y avait pas quelque chose à l’intérieur. Pourtant, c’est la première chose que je fais chaque matin avant de les porter: je les secoue vigoureusement, les incline pour voir s’il n’y rien qui tombe puis je jette un coup d’œil à l’intérieur. Mais cette fois ci, je n’ai pas pris toutes ces précautions. J’avoue que ces derniers temps, je suis un peu trop tête en l’air.

Chaque matin, j’enfile mes bottes en caoutchouc, je travaille avec jusqu’à ce que le soleil commence réellement à chauffer, puis, je les enlève pour éviter qu’elles ne me brûlent les orteils. Je les porte aussi à chaque fois que je dois aller de l’autre côté du champ, là où il y a des hautes herbes et l’eau stagnante de l’hivernage en cours. Cet après- midi, je devais m’y rendre pour déplacer notre âne afin qu’il ait à manger. Sans trop faire attention, je saisis mes bottes et je me dirige vers la petite Casamance. Je n’avais pas jugé utile de les chausser sur le coup car j’avais quelques petites tâches à faire en cours de route. Je marchais donc pieds nus, en tenant les bottes avec une main. Une fois que j’ai eu fini ce que j’avais à faire, je me dirige alors vers mes bottes que j’avais déposé juste à côté. Je m’assieds par terre, prend la droite et comme à chaque fois, j’éprouve d’énormes difficultés quand j’essaie de faire rentrer mon pied. Je me relève alors, et prenant appui sur mon pied gauche, j’enfonce le pied droit dans la botte. Et c’est là que j’ai senti une piqure. J’ai alors tout fait pour retirer la chaussure aussi vite que possible. Je ne savais pas encore ce que c’était. Mais à l’instant T, si je devais la quantifier, je dirais que la piqûre ne faisait pas aussi mal que celle d’une d’abeille mais qu’elle était plus douloureuse qu’une piqure de fourmi noire. J’ai d’abord pensé que c’était un scolopendre, un insecte rampant dont on dit que la piqûre est très douloureuse, mais j’ai tout de suite aperçu le coupable dès que j’ai enlevé la botte.

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Il était là, à l’intérieur, la queue déjà parée à frapper à nouveau. Il n’était ni petit, ni grand, mais savait déjà infliger de la peine. A sa vue, je me suis dit que j’allais passer un sale quart d’heure. En effet, une douleur se manifestait par intermittence. Elle était plutôt supportable même si ça faisait mal. Malgré la douleur, je prends quand même le temps d’incliner la botte afin de le faire tomber et dès qu’il touche le sol, je l’écrase avec le talon de mes bottes. Voilà, j’ai assouvi ma vengeance; cela dit elle n’apaisait pas la douleur qui devenait de plus en plus persistante. Sur le coup, j’ai complètement oublié que je devais déplacer l’âne. Je ne parvenais plus à marcher normalement, je sautillais, le plus rapidement possible, pour retourner à la maison. En à peine deux minutes, le temps que je rejoigne les autres et que l’on prépare la moto pour aller au dispensaire, ma jambe me faisait horriblement mal. Je ne parvenais plus à tenir sur place. A l’origine seul mon gros orteil me faisait mal mais là on aurait cru le scorpion m’avait piqué sur les quatre autres orteils. En gros, la douleur a quintuplé à tel point que je parvenais à peine à les bouger.

Nous voilà sur la route qui mène à Keur Tapha. Il était 18h passées, un vent frais soufflait. Idy qui conduisait la moto avait pris le soin de porter son jacket, moi je portais un simple t-shirt. Je ne sentais rien d’autre que mon pied qui me faisait affreusement mal. En à peine quelques minutes on arpentait déjà notre petite montagne à nous. C’était une pente ascendante érodée par les eaux pluvieuses et des sillons de plusieurs mètres de profondeur sur les rebords creusés au fil des hivernages. De là haut, on peut facilement contempler le relief en contrebas, et apercevoir le village s’il n’était pas caché par les arbres. Le paysage est certes joli à observer mais la route par contre est cahoteuse. Heureusement que mon cousin est un as de la bécane. Avant d’arriver au dispensaire, je commençais à sentir une autre douleur. Cette fois-ci elle se situait à l’aine. Elle allait me gêner encore plus dans ma démarche. J’ai essayé de le masquer une fois sur place. J’essayais de marcher normalement sans vraiment y parvenir, ça sautait aux yeux qu’il y avait un truc pas normal. Heureusement qu’il n’y avait beaucoup de monde ce jour-là car les quelques minutes d’attente avant de pouvoir rencontrer le docteur ont semblé une éternité. Je me suis mis dans différentes positions juste pour essayer d’atténuer la douleur. Je me souviens même avoir mis ma jambe en suspension dans l’air mais rien y faisait, j’avais toujours mal.

C’est enfin mon tour. Dès que j’ai expliqué au docteur la raison de notre venue, il a pris une seringue,  y a mis je ne sais quel sérum et me l’a injectée au gros orteil. Sur le coup la douleur a disparu. J’étais là, les yeux fermés, entrain de faire des grimaces, puis d’un coup, tout s’est arrêté. Comme par magie je n’avais plus du tout mal, mon pied s’ést allégé, je ressentais juste un picotement au niveau du gros orteil. J’ai alors éclaté de rire sans vraiment le faire exprès à la grande surprise du docteur qui s’attendait peut être à une autre réaction. Devant l’absurdité de la chose, je n’avais que le rire comme moyen d’expression. Moi qui me tordais de douleur il y a à peine une minute. Quelques paracétamols offerts et nous revoilà sur le chemin du retour. Je me croyais tiré d’affaire mais la douleur, perverse qu’elle était s’était déplacée sur l’autre orteil. Sur le coup je me suis demandé si je m’étais pas fait piquer à plusieurs reprises par le scorpion. Une fois rentrés, j’avais à nouveau mal aux orteils, je recommençais à boiter. Cependant, la douleur était à un degré moindre.

Si j’avais à choisir entre les deux étapes, vous imaginez déjà pour laquelle j’opterai. C’est ainsi que j’ai passé la moitié de la nuit à souffrir le martyr tout en sachant que les choses ne pourraient pas s’empirer. Je n’ai réussi à fermer l’œil qu’à partir de 1h du matin. Le lendemain matin, la douleur avait complètement disparu. Il ne restait plus que quelque picotements comme si j’avais des fourmis aux pieds.

Quand on vous dit que la taille ne compte pas là, faut demander à scorpion même !

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Ameth DIA
Blogueur sénégalais, ancien Sanaarois, passionné de jeux vidéo (particulièrement de MMORPG), de Naruto, grand fan de Sexion d'assaut et supporter de l'équipe de France de football.
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